Femmes victimes de violences en Seine-et-Marne : après les sanctions, un retour en grâce du Foyer d’Olympe?

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Femmes victimes de violences en Seine-et-Marne : après les sanctions, un retour en grâce du Foyer d’Olympe ?

L’association avait vu ses subventions gelées depuis 2021, suite à des alertes effectuées par deux fonctionnaires de la préfecture de Seine-et-Marne. Un audit du conseil régional semble conforter la structure, qui espère redémarrer du bon pied.

Melun, le 25 mars 2022. Julia, la médiatrice (à gauche) et Alexandrine, la directrice, espèrent pouvoir continuer leurs missions auprès des femmes. Elles en ont suivi 55 en 2020 et une trentaine en 2021. LP/Sophie Bordier

Par Sophie Bordier 

Le 5 avril 2022 à 11h19

Blacklisté quasiment partout alors que les violences conjugales ont augmenté de 28 % entre 2020 et 2021 en Seine-et-Marne selon le préfet Lionel Beffre, le Foyer d’Olympe devrait retrouver sa place dans le paysage départemental.

L’association soutient des femmes et adolescentes victimes de toutes les formes de violences (intra ou extra-familiales, incestes, viols, prostitution, mariages forcés, etc.) dans le sud Seine-et-Marne. Née en 2017, elle articule son action selon trois axes : écoute et accompagnement, hébergement, prévention. Son absence aux assises contre les violences faites aux femmes en novembre 2021 à Melun avait surpris. Elle a failli disparaître, privée de ses subventions publiques en 2021.

Que s’est-il passé pour en arriver là ? « Deux fonctionnaires de la préfecture ont passé des coups de fil à nos partenaires et nous ont discréditées. Ils ont dit que nous n’avions pas transmis des documents comptables depuis 2019-2020, qu’il y avait des incertitudes sur la réalisation des projets financés », s’indigne Alexandrine, 39 ans, la directrice du Foyer d’Olympe.

« Les documents demandés, on les a donnés ! On respecte la réglementation. Mais on a dû décaler des dates d’assemblées générales car la production du bilan d’activités et du compte rendu financier prend du temps. On est seulement deux salariées avec beaucoup de travail ! » se défend-elle.

Selon elle, leur activité est transparente : « En 2021, le délégué aux droits des femmes était présent à notre assemblée générale. En 2020, nous avons suivi 55 femmes qui s’ajoutent aux 30 suivies en 2019 et autant en 2021. Cela baisse car, suite aux appels de ces deux fonctionnaires, les victimes reçues par les forces de l’ordre ne sont plus orientées vers nous. Celles reçues à la Maison des solidarités de Vaux-le-Pénil non plus », s’étrangle-t-elle. Contacté, le commissariat d’agglomération Melun Val de Seine confirme qu’il a interdiction de communiquer sur le sujet.

Des signes encourageants de la part de la préfète à l’Égalité des chances

Et de poursuivre : « Ils ont appelé tous les financeurs publics — le conseil régional, l’agglomération Melun-Val-de-Seine, le fonds Politique de la ville, le fonds interministériel de prévention de la délinquance, etc. — donc nous n’avons plus de partenaires, fini ! » s’alarme Alexandrine, par ailleurs soutenue par des financeurs privés (Fondation Cognacq-Jay en 2019, Fondation des femmes en 2020, Fondation Qualitel, BNP Paribas, Rotary Club et Inner Wheel en 2021…) « En 2018, la députée Aude Luquet (MoDem) avait même reçu une lettre de Marlène Schiappa qui demandait à la préfecture de soutenir notre projet de centre d’accueil. »

Melun 25 mars 2022 La médiatrice Julia ici dans une des chambres de l’association pouvant accueillir une femme (avec ou sans enfant) devant quitter son foyer en urgence. LP/Sophie Bordier

Principal financeur du Foyer d’Olympe, le conseil régional, qui a participé au financement de huit projets pour un total de subventions de 109 000 euros dont 61 000 euros mandatés, a réagi aux alertes de la préfecture. Elle a réalisé fin 2021 un audit sur l’association.

Les conclusions sorties début 2022 sont plutôt positives : « Jusqu’au début 2021, certains retards dans l’établissement des comptes annuels et la tenue des assemblées générales ont pu être observés. Depuis, l’association fait appel aux services d’un expert-comptable pour ses comptes annuels et l’accompagnement dans la recherche et le suivi des financements ». Et d’ajouter : « Les éléments vérifiés dans le cadre des quatre actions auditées ne remettent pas en cause la réalisation des actions ni le caractère probant des justificatifs apportés. A l’avenir, l’organisme devra mieux structurer sa comptabilité analytique afin d’affecter plus finement les dépenses et les financements aux actions ».

En préfecture, où l’équipe du Foyer d’Olympe a été reçue le 15 mars par Nadège Baptista, préfète à l’Egalité des chances, on affirme « avoir eu de très bons échanges. Nous veillons à ce que l’association soit en conformité. Elle doit nous délivrer une liste de documents. L’idée, c’est de travailler avec elle comme avec les autres associations ».

Plusieurs femmes prises en charge attestent du rôle primordial de l’association

Des partenaires s’étonnent. « Alexandrine et Julia (la médiatrice) traversent une période compliquée. Mais que peut-on leur reprocher à part tout le bien qu’elles font ? », lance Isabelle Incandela, la présidente du club Inner Wheel de Melun-Fontainebleau, une association caritative axée sur l’aide aux femmes et enfants.

Pour Sylvie Coudre, membre de ce même club et du Foyer d’Olympe, « il faut nous aider à redonner confiance à nos partenaires. Nous avons été temporairement radiées de la Fédération nationale Solidarité Femmes (FNSF), nous n’avions plus accès au 39 19. Nous avons été convoquées par la FNSF suite à un SMS mensonger disant que nous mettions des femmes à la porte. Pour nous, c’est comme si on nous accusait de commettre des violences envers ces femmes ! »

Et d’insister : « Alexandrine et Julia sont engagées et dévouées. Mais n’étant que deux, elles sont obligées de multiplier les tâches, entre leur mission de travail social, la comptabilité, etc. Elles ont besoin d’être aidées pour grandir car elles prennent aussi en charge des cas hors cadre. Notamment quand elles aident des femmes à sortir de la prostitution ».



Au Mée-sur-Seine, le CCAS et le centre social continuent de leur prêter leurs locaux pour des permanences. « Nous n’avons pas reçu d’écrit préfectoral interdisant de travailler avec elles », justifie la responsable. A la Caisse d’allocations familiales de Seine-et-Marne, le sous-directeur Florian Fernandez se dit « ouvert au projet proposé par l’association en février 2022. Si leur dossier est complet, il passera à la prochaine commission d’action sociale. Aucun problème n’est signalé de la part d’usagers ».

Plusieurs protégées du Foyer d’Olympe ont signé une attestation saluant son rôle dans leur résurrection. Ainsi Myriam (le prénom a été changé), victime de violences conjugales et hébergée par l’association, écrit : « Je bénéficie d’un espace qui me tranquillise et où je peux calmement recevoir mes enfants. Le foyer m’accompagne en me conseillant dans mes démarches administratives et propose une aide matérielle non négligeable, ce qui me permet de reprendre pied sereinement ».

Une autre, Anissa *, prise en charge au Foyer le 26 décembre 2020 avec ses deux jeunes enfants puis hébergée dans un appartement à Savigny-le-Temple, affirme : « L’association m’a soutenue aussi bien psychologiquement que financièrement. Elles m’ont aussi trouvé une formation pour que je puisse m’épanouir pleinement. J’ai rencontré de personnes formidables qui sont devenues ma famille de substitution. »